Des chrétiens orthodoxes posent nus contre l’homophobie en Russie

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L’année 2016 approche à grands pas. Le temps est venu pour choisir son calendrier. Et autant joindre l’utile à l’agréable…

Pour la quatrième année consécutive, un groupe de chrétiens orthodoxes – « Orthodox Calendar » – publie un calendrier hot et sexy gay-friendly, qui n’a vraiment rien à envier à celui des « Dieux du Stade » qui existe depuis 15 ans. L’édition de l’année 2016 est destinée à la lutte contre l’homophobie en Russie.

Le calendrier est disponible depuis quelques semaines. Intitulé « Sancta Paraphilia », la photo de couverture est une véritable provocation à l’égard des autorités politiques et religieuses russes. Elle représente le président Vladimir Poutine et le patriarche Cyrille Ier, chef tout puissant de l’Eglise orthodoxe russe, grimmés en travesti pour l’un et en clown, pour l’autre. Un véritable sacrilège !

Un formidable message de tolérance

Les modèles photographiés – tous avec une plastique particulièrement avantageuse – sont des membres gay-friendly de l’Eglise orthodoxe (aucun d’entre eux n’est ecclésiastique) qui croient à la liberté d’expression, la tolérance, l’égalité et les droits de l’homme.

Des chrétiens comme on aimerait en voir un peu plus souvent. Pas pour leur physique (quoique…) mais pour le formidable message d’ouverture d’esprit qu’ils véhiculent et auquel ils sont très attachés.

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Certaines âmes chastes s’offusqueront de la nudité de certains modèles. Pourtant, il n’y a rien de choquant. Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Après tout, Dieu nous tous fait naître nus, non ? Même la très pieuse – et très homophobe – Christine Boutin « aime être nue ». Qui l’eût cru ?

Le spot de promotion de l’édition 2016, qui a été posté sur YouTube, est un véritable petit bijou esthétique.

L’homophobie prend de plus en plus d’ampleur

L’homosexualité est très mal acceptée dans la plupart des pays de l’Est, majoritairement orthodoxes. La Russie, dirigée par une main de fer par Vladimir Poutine – qui a entamé un troisième mandat présidentiel en 2012, après un tour de passe-passe constitutionnel – mène une chasse acharnée et sans pitié aux homosexuels. Elle prend de plus en plus d’ampleur.

En 2012, la Gay Pride de Moscou a été interdite, par un tribunal de la capitale, pour une durée de 100 ans. En juin 2013, une loi – qui a suscité l’indignation générale de la communauté internationale – condamnant la « propagande homosexuelle » a été votée, à l’unanimité, par les députés de la Douma.

En 2013, le monument en forme d’iPhone 5, installé dans la cour de l’université des sciences de Saint-Pétersbourg et dédié à Steve Jobs, le fondateur d’Apple décédé en 2011, a été démantelé après le coming out de Tim Cook, l’actuel dirigeant de la célèbre firme américaine. Il a été considéré par les autorités de la ville comme une « oeuvre de propagande homosexuelle ».

Vladimir Poutine, une menace pour les LGBT dans le monde

En novembre 2014, le président russe Vladimir Poutine, l’homme le plus puissant de la planète selon le magazine « Forbes », a été désigné « personnalité de l’année »par le magazine gay et lesbien américain « The Advocate », une véritable institution auprès de la communauté homosexuelle partout dans le monde.

Le magazine estime que « Vladimir Poutine est devenu de plus en plus autocratique et son idéologie anti-gay de plus en plus extrême » et qu’il a été « la plus grande menace pour les LGBT dans le monde en 2014 ».

Pour bien appuyer son propos, « The Advocate » a publié en couverture une photo photoshopée de Vladimir Poutine, les traits vieillis et les cheveux grisonnants, avec le titre qui tient lieu de moustache, lui donnant ainsi un air de ressemblance frappant, qui n’aura échappé à personne, avec le dictateur nazi allemand Adolf Hilter. Le message est on ne peut plus clair…

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L’Eglise orthodoxe est toute puissante et très proche du pouvoir, qu’elle influence énormément.  Le patriarche Cyrille Ier s’est exprimé, entre autres, sur la légalisation du mariage homo en Europe en l’assimilant à « un symptôme alarmant de l’approche de l’apocalypse » et qu’il faut « tout mettre en œuvre pour empêcher qu’en Sainte Russie, le péché soit approuvé par une loi ».

En Russie, l’homosexualité a été considérée comme un crime jusqu’en 1993 et comme une maladie mentale jusqu’en 1999. Malgré tout, les mentalités n’ont pas changé. Pour 72% des Russes, l’homosexualité est « moralement inacceptable ». Plus grave encore : un récent sondage indique que 21 % des Russes souhaitent que les personnes LGBT soient « liquidés » et 37 % veulent les exclure de la société. Des chiffres particulièrement alarmants.

Les homosexuels russes traqués, torturés et assassinés

Les homosexuels vivent un véritable calvaire quotidiennement. Ils sont obligés de rester cachés pour ne pas être persécutés, torturés ou même assassinés, comme c’est parfois le cas. Dans l’indifférence quasi-générale de la communauté internationale.

Un rapport inquiétant de « Human Rights Watch », rendu public en décembre 2014, alarme l’opinion publique sur l’impunité des auteurs des crimes et délits homophobes et la complaisance – ou plutôt la complicité, devrait-on dire – des autorités. Depuis la promulgation de la loi « anti-propagande homosexuelle », le nombre d’agressions a significativement augmenté. L’ONG estime que « les autorités russes ont manqué à leur obligation de prévenir et de poursuivre la violence homophobe » et que « les citoyens LGBT sont renvoyés à une citoyenneté de seconde zone ».

Giuseppe Di Bella