Lyes, 22 ans, homo à Gennevilliers :«Les crachats, c’est pire que les coups»

En cette journée mondiale contre l’homophobie, Lyes, 22 ans, témoigne de sa vie d’homo dans la cité. Entre insultes et agressions.

« Pédé », « tapette », « pédale »… et bien pire la plupart du temps. Il y a un an et demi, Lyes Alouane a révélé son homosexualité, « une question d’amour-propre ». Depuis, les insultes sont quotidiennes et les agressions monnaie courante dans sa petite cité de Gennevilliers.

« Enfin, cela a commencé au collège avec des insultes sur mon côté efféminé, rectifie le jeune homme de 22 ans. Mais là, c’est devenu l’enfer », ajoute celui qui cherche un emploi comme conseiller commercial.

Il y a aussi les agressions, les jets de caillou, les coups, les rendez-vous qui sont en fait des guets-apens. « Les crachats, c’est pire que les coups, assure-t-il. On se sent humilié, rabaissé», poursuit Lyes. Pour rentrer chez lui, où il vit avec sa mère et ses deux sœurs, le jeune homme doit traverser une petite place. « Le même groupe est toujours là. Je refuse de faire un détour, alors ce sont les injures systématiques… »

Son homosexualité, sa mère l’a découvert début 2017. « Cela n’a rien changé pour mon père et ma grande sœur, ma mère a eu du mal à l’accepter mais plus parce qu’elle avait peur pour moi. En fait, elle aurait préféré que le continue à le cacher. Quant à ma petite sœur qui a 19 ans, elle ne m’adresse plus la parole », détaille Lyes.

A ses yeux, l’homophobie est omniprésente dans les quartiers. « Il y a le poids de la religion, du quartier, le culte de l’homme viril, macho. Depuis l’enfance on inculque aux enfants que c’est mal, que c’est sale, alors ce ne sont pas les trois heures consacrées à cette question au collège qui vont changer grand-chose », soupire Lyes, qui pointe aussi « l’indifférence » des pouvoirs publics. Il indique avoir déposé cinq plaintes en un an : « Mais j’hésite maintenant. J’ai l’impression d’être pris pour un clown et de ne pas être reconnu comme une victime. Comme si insulter ou agresser un pédé, c’était normal ou pas grave. »

« Typique de ce qui se passe en banlieue »

Le 1er juin prochain, il a rendez-vous avec Patrice Leclerc et Elsa Faucillon, respectivement maire et députée (PCF) de Gennevilliers. « On fera tout ce qu’on peut pour qu’il puisse vivre normalement et en toute liberté à Gennevilliers, promet Patrice Leclerc. Le moins que l’on puisse faire, c’est rappeler publiquement notre opposition à toutes les discriminations dont l’homophobie. On doit aussi voir comment l’aider dans ses démarches comme… le dépôt de plainte ».

 

« Lyes est un cas d’école, typique de ce qui se passe en banlieue », assène Terrence Katchadourian, de Stop Homophobie. Depuis le début de l’année, l’association a reçu 1 700 appels à l’aide, dont beaucoup viennent de banlieue. « Dans les cités, tout le monde se connaît. Être homosexuel fait de vous une cible et entraîne des provocations », poursuit le militant.

Parfois, Lyes en vient à regretter son coming out. Il regarde autour de lui, son dossier rassemblant ses plaintes sous le bras. « Je veux absolument partir, aller à Paris ou dans une ville où tout le monde se moque que l’on soit homo ou pas, lâche-t-il. Mais je ne veux pas partir avant d’avoir mené ce combat. Il y a d’autres gays dans les cités. Moi je me bats, je suis en première ligne, mais c’est pour tous les autres qui se cachent parce qu’ils ont peur. Il faut un réveil. On dit que l’homophobie recule partout. C’est faux : ce sont les gays qui ont appris à mieux se cacher. »

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